Discounty : quand un jeu de gestion cache ses secrets

Discounty se présente comme un paisible jeu de gestion de magasin, mais ne vous fiez pas aux apparences. Derrière son interface colorée et ses mécaniques familières se cache une expérience bien plus complexe et surprenante que prévu.

Une façade trompeuse qui cache bien son jeu

« Personne n’aime qu’un supermarché définisse sa ville », confie Anne Christina Elsberg, écrivaine et cofondatrice de Crinkle Cut Games. Une déclaration plutôt ironique quand on sait qu’elle vient de créer un jeu entièrement dédié à… la gestion de supermarchés ! Mais Discounty, le premier titre du studio danois, va bien au-delà du simple plaisir d’organiser des rayons et d’entendre le « ding » satisfaisant de la caisse enregistreuse.

Derrière ses personnages aux têtes surdimensionnées, ses couleurs éclatantes et sa bande sonore enjouée, Discounty cache une réalité plus complexe. Vous ne vous contenterez pas de gérer un commerce : vous devrez affronter des manifestations pour les droits de propriété, gérer des licenciements brutaux, faire face à des dépôts sauvages d’ordures et vous noyer dans la paperasserie administrative d’une petite ville.

Discounty le jeu de simulation de gestion de commerce

Ce titre cozy aux enjeux apparemment légers vous place dans la peau du gérant du supermarché de votre audacieuse tante Tellar. Mais attention : l’expansion rapide de votre enseigne Discounty menace de faire disparaître l’âme de Blomkest, un ancien port de pêche qui a connu des jours meilleurs.

Des mécaniques qui évoluent au-delà des attentes

Chaque journée dans Discounty suit un rythme précis dicté par une horloge impitoyable. Avant l’ouverture et après la fermeture, vous disposez d’un temps limité pour passer vos commandes, décharger les livraisons et réorganiser votre boutique pour mettre en valeur certains produits. Une fois les portes ouvertes, c’est la course : encaisser les clients le plus rapidement possible tout en surveillant les rayons à réapprovisionner et les obstacles qui ralentissent la circulation.

Scanneur de codes-barres

L’idée originale de Discounty a germé autour de la caisse enregistreuse, bien que celle-ci puisse sembler n’être qu’une tâche parmi d’autres (d’autant que vous pouvez l’améliorer avec un scanner plus performant). Pendant ses études de design numérique à l’université d’informatique de Copenhague, Anna découvrait Dillon’s Dead-Heat Breakers. Ce titre de 2018 sur Nintendo 3DS proposait une quête secondaire mémorable où le joueur tenait un commerce, utilisant l’écran tactile pour remplir les étagères et saisir les prix.

Écran de commande

À cette époque, les jeux de gestion de magasins comme Moonlighter et Recettear: An Item Shop’s Tale s’appuyaient sur des mécaniques de combat pour accumuler des objets. Mais en jouant à Dillon’s Dead-Heat Breakers, Anna a eu une révélation : les activités plus « banales » comme les calculs étaient intrinsèquement gratifiantes et pouvaient constituer le cœur d’un jeu entier.

Quand la gestion devient plus qu’un simple passe-temps

L’équipe de Crinkle Cut Games ne s’est pas contentée d’imaginer leur supermarché depuis leur bureau. Tous les membres ont travaillé dans le service client à un moment de leur vie, et Blomkest s’inspire directement d’une ville portuaire près du lieu de naissance d’Anna. Mais pour aller plus loin, ils ont mené une véritable enquête de terrain.

Fournisseur

« Je suis convaincue que de nouvelles interactions et mécaniques fascinantes peuvent être découvertes dans la vraie vie », explique Anna. « C’est pourquoi nous avons visité un supermarché local et interrogé son propriétaire pour comprendre l’agencement, l’organisation des stocks, etc. Ce qui nous a le plus frappés, c’est l’espace énorme occupé par l’emballage et la gestion des déchets dans les réserves. Cela nous a inspiré l’idée de faire de la logistique et du recyclage un élément central du gameplay. »

Cette visite a également donné naissance à l’un des personnages les plus attachants du jeu : Ms. Andersen, une vieille dame qui frappe aux portes coulissantes cinq minutes avant l’ouverture pour acheter son magazine people hebdomadaire. Dans le jeu, elle est systématiquement la première cliente de chaque journée, et si vous vous promenez dans Blomkest avant l’ouverture, vous la verrez marcher jusqu’au magasin pour attendre patiemment dehors.

Un gameplay qui révèle ses secrets progressivement

L’architecture même du supermarché raconte une histoire. Lors de leur recherche, l’équipe a découvert un détail fascinant : le magasin qu’ils visitaient occupait un ancien cinéma reconverti. « Ils devaient adapter l’agencement standard aux colonnes rondes de soutien qui ne pouvaient pas être déplacées », raconte Anna. Cette contrainte architecturale a défini la philosophie de Discounty : les joueurs ne peuvent pas modeler le monde à leur guise, mais doivent composer avec un espace préexistant qui peut même leur résister.

Caisse

Au fil de votre progression, les habitants de Blomkest expriment leur mécontentement pendant leurs achats ou organisent même des manifestations devant votre magasin. Car si tante Tellar vous a confié la gestion quotidienne, elle continue de prendre les décisions stratégiques en coulisses – des décisions qui peuvent provoquer la colère de vos concitoyens.

Le rôle de Tellar répond à une contrainte narrative intelligente : l’équipe n’avait pas les ressources pour créer des embranchements scénaristiques complexes en plus de la simulation commerciale. Mais cette limitation devient une force : « Nous ne voulions pas que les joueurs aient le beau rôle, car une croissance illimitée a forcément des répercussions négatives », précise Anna.

Le succès de Discounty a surpris même ses créateurs. Anna, qui a joué des centaines d’heures à son propre jeu pendant le développement, a été fascinée de voir les joueurs l’optimiser en quelques jours seulement après la sortie. La découverte la plus remarquable ? Des joueurs qui organisaient leurs magasins comme des labyrinthes à la IKEA, forçant les clients à traverser tout l’espace pour atteindre la section centrale remplie de réfrigérateurs à fromage – l’article le plus cher de la boutique.

Sources :
Store – Site officiel