Esport : l’évolution du mode de vie des pro gamers

Bien loin des clichés désignant les pro gamers comme des êtres reclus de la société, avalant des pizzas et du coca à longueur de journée, le mode de vie de ces derniers est aujourd’hui bien plus équilibré que ce que l’on pense. Aujourd’hui, les structures proposent un suivi poussé aux joueurs qu’ils emploient, mélangeant alimentation saine, et pratique régulière d’activités sportives.

Quel est le mode de vie des pros gamer? À l’instar des athlètes de haut niveau, les pros gamer tendent de plus en plus à suivre un régime alimentaire sain et équilibré, à base de fruits, légumes et compléments alimentaires. Ce régime leur permet de disposer pleinement de leurs facultés intellectuelles. Pour ce faire, certaines structures mettent à disposition des joueurs un nutritionniste, un cuisiner ainsi qu’un coach sportif afin de les maintenir dans une forme optimale. L’aspect psychologique est également de plus en plus considéré par les structures, et les pros gamer sont désormais encadrés par des coachs mentaux.

Les structures les plus importantes au monde ont décidé de remédier aux problèmes d’alimentation, de blessures, ou de dépression, liés à la pratique prolongée des jeux vidéo. Pour ce faire, ces dernières ont mis en place des aménagements similaires à ceux que l’on peut retrouver dans le sport de haut niveau.

Un point sur la situation

La professionnalisation de l’esport a démontré les failles et les risques de la pratique intensive des jeux vidéo. Alimentation désastreuse, blessures liées à de mauvaises positions ou à la répétition des mêmes gestes, dépression et burnout, sont autant de points sur lesquels les structures se sont penchées ces dernières années. Une étude du docteur Dustin Moore, de l’université de New Hampshire a démontré que la pratique intensive des jeux vidéo sur des personnes âgées de 18-24 ans provoquées des troubles de l’alimentation.

Caractéristiques Non-joueurs< 1h/jour>= 1h/jour
Participants367(30.5%)477(39.4%)357(30.1%)
Age19.319.119.2
Poids (kg)76.477.777.6
Taille (cm)177.5178.1177.8
Masse graisseuse16.616.917
Calories journalières259825272363
Fumeur9.7%10.1%9.3%
Nbr de pas/jour1003796778422
Graisses saturées/jour (gr)28.230.129.8
Fruits et légume/jour (nbr)3.42.93
Sucre/jour (gr)104106111
Étude de Dustin Moore, sur le lien entre mauvaise alimentation et pratique des jeux vidéo chez les universitaires.

Ainsi, sur 1201 hommes testés, l’étude démontre que les joueurs passant plus d’une heure par jour sur les jeux vidéo ingèrent une alimentation plus riches en sodium, graisses saturées et consomment moins de fruits et légumes que les non-joueurs. Cependant, aucun lien n’a été prouvé entre la pratique des jeux vidéo et le taux de masse graisseuse d’un individu, tous comme la consommation d’aliments sucrés, qui est similaire chez les joueurs et les non-joueurs. Si les résultats se confirment à plus grande échelle, les troubles de l’alimentation liés à la pratique intensive des jeux vidéo augmenteraient donc les risques d’obésité et de maladies chroniques.

Lien de l’étude : Les habitudes alimentaires diffèrent-elles en fonction de la pratique des jeux vidéo chez les hommes à l’université?

En 2019, Markus Appel et Caroline Marker de (université de Würzburg) ainsi que Timo Gnambs (université de Linz) ont synthétisé les résultats de 20 analyses, regroupant plus de 38 000 participants. Le but étant de démontrer le rapport entre la pratique des jeux vidéo et l’obésité. Le lien n’a été établi que pour les adultes mais pas pour les enfants et les adolescents. «Il se peut que les personnes en surpoids soient plus susceptibles de continuer de jouer aux jeux vidéo pendant la transition vers l’âge adulte, alors que la pratique de nouvelles activités devient plus importante pour les autres», suggère Markus Appel.

Concernant le rapport entre pratiques des jeux vidéo et prise de poids chez les adultes, les chercheurs déclarent : « Nous avons identifié un effet indirect significatif qui montre que les personnes qui passent plus de temps à jouer à des jeux vidéo passent également moins de temps à faire de l’exercice et donc pèsent plus ou ont plus de masse corporelle ». Cependant, les études sont trop récentes pour analyser la santé d’un joueur sur une durée de 10 an par exemple, et il faudra patienter pour connaitre les conséquences engendrées par la pratique des jeux vidéo sur sur longue période.

Lien de l’étude : Les jeux vidéo entraînent-ils l’obésité?

L’apparition des premières pathologies

Lors des 20 dernières années, le niveau des compétitions esport n’a cessé d’évoluer, et les entraînements des joueurs ont également gagné en intensité. Aujourd’hui, on considére qu’un pro gamer passe environ 50 heures par semaine à s’entrainer, même si ces chiffres sont beaucoup plus élevés chez certains joueurs. En Asie, qui est considéré comme le berceau de l’esport, il n’est pas rare de s’entrainer 14 à 16 heures par jour, et dans de telles conditions, même une alimentation saine ne suffit pas à garder les joueurs en bonne santé. De nombreuses pathologies sont apparues lors des dernières années, allant du simple mal de dos au syndrome du canal carpien, nécessitant une opération chirurgicale.

L’une des blessures les plus courantes dans l’esport. Crédit : BruceBlaus.

Les tendinites, migraines et autres sciatiques sont devenues monnaie courante dans l’esport, pouvant mettre en péril la carrière d’un joueur. Si un travail est fait en amont pour éviter les blessures physiques, un autre mal beaucoup plus inquiétant a poussé les structures à tirer la sonnette d’alarme il y a quelques années. Les premiers cas de dépression liés à la pression ou à la notoriété sont également apparus, et le cas Kim « Olleh » Joo-sung en est le parfait exemple. Dans une interview pour ESPN, Olleh, joueur à l’époque pour Team Liquid confiait qu’il avait littéralement craqué psychologiquement lors du MSI 2018, l’un des tournois les plus importants de la scène League of Legends.

Critiqué sur les réseaux sociaux quant à sa « faiblesse », les déclarations d’Olleh, sur son mal-être ont poussé Team Liquid à donner plus d’importance à la santé psychologique des joueurs. Il y a encore de cela quelques années, un joueur faible psychologiquement était tout simplement mis à l’écart, et remplacé par autre. Bien que beaucoup mieux accompagné que par le passé, certains joueurs se sont retrouvés en situation de « burnout » suite à l’enchaînement des compétitions. C’est le cas notamment de Lukas « gla1ve » Rossander, capitaine de la meilleure équipe de l’histoire de Counter Strike Global Offensive.

Gla1ve, désormais de retour à la compétition avec Astralis.

« Durant une longue période, j’ai eu des symptômes de stress et d’épuisement professionnel. Mes coéquipiers et l’organisation Astralis ont essayé de nombreuses méthodes pour m’aider et surmonter cela. Ne voyant pas d’amélioration, mon médecin et moi avons décidé que j’avais besoin d’une pause, et hier j’ai déposé un arrêt-maladie à Astralis. » déclarait gla1ve sur son compte Twitter. Ce nouveau coup dur a poussé certaines équipes de CSGO à recruter des joueurs supplémentaires, afin d’effectuer une rotation, et permettre aux joueurs de prendre du temps pour se reposer.

De joueurs à athlètes

Grâce à la professionnalisation de l’esport, et la prise de conscience des structures, l’amélioration et l’encadrement du mode de vie des joueurs est devenu une priorité. Il y a encore de cela quelques années, certains joueurs avaient déjà pris les devants, en s’imposant une alimentation saine, et la pratique régulière d’une activité sportive. Aujourd’hui, la majorité des pros gamer ont suivi le mouvement, et les structures mettent désormais de nombreux moyens à dispositions des joueurs. Cuisiniers, nutritionnistes, managers, kinésithérapeutes, psychologues ou encore coachs sportif sont désormais employés par les structures professionnelles, afin de proposer un suivi permanent à leurs équipes.

Le mode de vie des joueurs de la Team française MCES

Afin d’effectuer la transition, les structures n’hésitent pas à faire appel à des sportifs de haut niveau, afin de sensibiliser les joueurs. En plus de conseiller ces derniers sur leur mode de vie, ces « coachs de luxe » apportent également un plus sur le travail mental nécessaire pour envisager une carrière de haut niveau. Chez MCES par exemple, Yanick Agnel (Champion olympique de natation) et Guy Demel (Ancien joueur de football professionnel) accompagnent les joueurs dans leur évolution, en intervenant sur tous les aspects en dehors du jeu, tels que la nutrition, le travail physique et mental.

Dans le but d’éviter les blessures liées au manque d’activité ou à l’enchainement des compétitions, certaines structures imposent une activité sportive à leurs joueurs, ainsi que des séances de kinésithérapeutes. Ces entrainements généralement encadrés par un coach sportif permettent également d’améliorer la cohésion d’équipe. Les joueurs les plus connus, qui sont considérés comme des stars par la communauté sont également assisté par un manager, qui filtrent au maximum tous ce qui est extérieur au jeu (réseaux sociaux, boîte mail, contrat de sponsoring etc.) .

Alimentation saine, séances de sport régulières, séances de kinésithérapie, suivi mental, gestion de la notoriété, sont autant de domaine qui prennent désormais part dans le quotidien des pros gamer. Il y a de cela 10 ans, les joueurs professionnels ne devaient se soucier que d’une chose : être performant en compétition. Désormais, à l’instar des sportifs de haut niveau, les joueurs ont des responsabilités plus importantes que le simple fait de jouer et il ne semble pas impossible de voir des centres de formations poussés un peu partout dans le monde à l’avenir.

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